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LE MARGINAL

La marge

la marge est une ride au front des villes
un pli dangereux de sa fougue
un ourlet à ses espoirs

quand on devine au patron de soi-même
le plan secret de sa présence
que d’autres ont conçu

la marge est une puanteur
un bris de verre qui déchire la nuit chaleureuse
de l’être et sa sécurité

quand le bruit de son pas contourné
trouble l’odieux sommeil des pierres
que d’autres ont conquis

et la marge est-elle qui ne vit qu’au détour de l’être
sur les rives de l’histoire ou le temps n’a de prise
que sur les étoiles

sans doute n’est-elle qu’un possible
une errance ravivant la crainte de sa fibre silencieuse
et la jalousie de ses chemins obscurs

sans doute mais qu’importe
émargez-moi

DU PAPIER FROISSE

Du papier froissé

le sens me capture parfois et ne me jette pour pitance
dans sa cage douillette où je rôde sans fin
que le noyau des fruits que d’autres ont mangé

l’image au contraire parfois s’élance et n’éclate dans le ciel
qu’en un bruit sans merveille de couleurs
ou danse parfois dans le vent comme un arbre à larges feuilles
dont les racines fragiles ne tiennent la terre

faut-il pourtant se taire
et ne laisser la parole qu’aux téléphones et aux journaux
qu’à ceux dont les lèvres sont des ciseaux
sur le ruban de la langue

la voix ne doit s’éteindre dans le silence des phrases déjà faites
ni plonger dans le puits obscur
d’où ne remonte qu’une eau sale et sans reflets

elle doit pourtant briser la pierre du langage à sa modeste altitude
et d’un ruisseau plus un ruisseau
former un océan
pour que les hommes affrètent des navires

Mon etre a moi repris

Mon être à moi repris

le poème cessa d’être la voix nauséeuse et filée
partielle
de mon être à moi repris

et pourtant

que dire qui n’ait été dit
dans les cristaux du dictionnaire et les pelures de langue
où se perdent nos jours

que faire qui n’ait été fait
sur les chemins de pierre où traînent ceux que le vent sème
et sur l’avant des cortèges

car le triomphe et la honte sont une même couronne de plomb
pour qui vivre est le choix du poème
et de sa faiblesse
au canon de la société

et pourtant

ce rythme haut que chausse mon humeur et ma pensée
doit-il être un cercueil à l’orgueil d’être soi
qu’a mon cœur délaissé

sans doute il est des fautes plus périlleuses
qu’une aumône de papier
sans doute il est des voies plus tortueuses
qu’un pas sur le sentier
de l’autre

mais que dire et que faire et que sevrer de la joie pourtant sienne
si ce n’est ma teneur qui puise à ton encontre
sa verve et sa ferveur esclaves de ta liberté