DU PAPIER FROISSE

Du papier froissé

le sens me capture parfois et ne me jette pour pitance
dans sa cage douillette où je rôde sans fin
que le noyau des fruits que d’autres ont mangé

l’image au contraire parfois s’élance et n’éclate dans le ciel
qu’en un bruit sans merveille de couleurs
ou danse parfois dans le vent comme un arbre à larges feuilles
dont les racines fragiles ne tiennent la terre

faut-il pourtant se taire
et ne laisser la parole qu’aux téléphones et aux journaux
qu’à ceux dont les lèvres sont des ciseaux
sur le ruban de la langue

la voix ne doit s’éteindre dans le silence des phrases déjà faites
ni plonger dans le puits obscur
d’où ne remonte qu’une eau sale et sans reflets

elle doit pourtant briser la pierre du langage à sa modeste altitude
et d’un ruisseau plus un ruisseau
former un océan
pour que les hommes affrètent des navires

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